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Instruments | SCIENCES / Chimie ANONYME - PORTRAIT DE PIERRE POTIER À L'ÂGE DE 61 ANS
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(Réf. 71883)
7 000 TTC
ANONYME - PORTRAIT DE PIERRE POTIER À L'ÂGE DE 61 ANS
École française (?), 1643, 63 x 51 cm, huile sur toile sans encadrement, rentoilée et montée sur chassis à clefs du XIXe siècle.
C'est le portrait en buste, de trois quart, d'un homme à barbiche et moustache grises, en habits noirs de savant, à large col et poignets blancs. Il tient dans la main droite une plante non identifiée, appartenant peut-être à la famille des Renonculacées et, dans la gauche, une pelle à main, signifiant sans doute qu'il a cultivé la plante en question. Le sujet est sur fond neutre, sombre. La physionomie est celle d'un homme intelligent, grave et confiant. Son front est large et dégarni, ses yeux noisette et ses cheveux bruns. Une inscription à l'encre en lettres capitales au revers de la toile, "AE[TATIS]. SUAE 61 - A[NNO]. 1643", nous apprend que le sujet a été portraituré à l'âge de 61 ans. Cette inscription, qui date du XIXe siècle, a probablement été restituée au moment du rentoilage ; elle reproduit sans doute une mention ancienne qui figurait soit au revers de la toile d'origine, soit en bordure du tableau. Cet homme est ainsi âgé de 61 ans en 1643 : il est donc né en 1581 ou 1582. Selon toute vraisemblance, il s'agit du médecin, chimiste et alchimiste français Pierre Potier, ou Petrus Poterius, ou encore Pierre de la Poterie. Le modèle nous est également connu par un portrait gravé à l'âge de 53 ans, en frontispice de l'un de ses ouvrages. La ressemblance est probante : on reconnait le front large, la calvitie, les sourcils arqués, la manière de tailler la moustache et la barbiche ; les joues sont plus rondes et la tournure plus énergique, puisque le modèle est alors plus jeune que sur notre tableau. Les éléments biographiques de ce savant pittoresque, aujourd'hui méconnu, sont incertains : Pierre Potier serait né à Angers en 1581 et mort à Bologne après 1640. Il s'était établi dans cette ville vers l'âge de 20 ans et y connut la renommée : il aurait été nommé conseiller municipal et médecin royal. Cet émule de Paracelse entendait soigner les maladies grâce à ses remèdes chimiques, élaborés à partir de plantes, selon l'usage français, ou de minéraux, selon la médecine allemande. Il vantait, notamment, une préparation qui porte son nom, l'antihectium poterii, ou trochisque d'antihectique, dérivé d'antimoine contenant de l'étain, utilisé dans les soins contre l'étisie - ou hectisie -, maladie produisant un amaigrissement extrême (selon l'Encyclopédie méthodique, outre dans les soins contre l'étisie, Pierre Potier employait aussi ce remède pour la plupart des maladies provenant d'obstruction, pour le scorbut et pour les écrouelles). Son usage, malgré les nombreuses victimes qu'il a dû faire, est attesté jusqu'au XVIIIe siècle. Potier blâmait certaines pratiques telles que la saignée ; il se fit en cela l'adversaire des tenants de la médecine hippocratique et galénique. Parmi ses détracteurs les plus redoutables, il comptait le médecin français Guy Patin : ce dernier exprime sans ambages la piètre estime en laquelle il tenait Pierre Potier, dans une lettre qu'il adresse, le 20 janvier 1645, à l'érudit lyonnais Charles Spon. En bon défenseur de la médecine classique, Patin y critique brutalement les Opera omnia medica ac chemica de Potier, publiées en 1645 (Lyon, Jean-Antoine I Huguetan), et accuse l'auteur de charlatanisme et de cupidité : "Ce livre est plein de mauvais remèdes, de vanteries, de faussetés, et plût à Dieu qu'on n'eût jamais rien imprimé de telle sorte (...) J'ai ouï dire à M. Moreau, qui est angevin comme ce Potier, que c'était un grand charlatan et un grand fourbe qui se mêlait de notre métier ; qu'il ne montait sur le théâtre que pour mieux débiter ses denrées (...) Son livre est une perpétuelle censure de la médecine commune. Il n'y aura néanmoins que les sots qui l'admireront et les honnêtes gens n'en feront jamais leur profit. Ce livre deviendra ridicule ou il rendra ridicule tout le métier dont nous nous mêlons vous et moi" (Loïc Capron, Correspondance française de Guy Patin : www.biusante.parisdescartes.fr/patin). La sentence est sévère ! Plus d'un siècle après, Eloy (Dictionnaire historique de la médecine) ne se montre pas moins sceptique : "[Potier] n'est occupé que de relever les succès de ses cures & de vanter les merveilleux effets des remèdes secrets qu'il employait pour y parvenir". Potier est l'auteur d'un traité des fièvres (De Febribus libri II, Venise 1615) et d'une pharmacopée spagyrique largement diffusée (Pharmacopoea spagirica, Bologne, 1622), dans laquelle il décrit, pour la première fois, la "pierre de Bologne" (ou "phosphore de Bologne"), de la barytine qui, calcinée, se transforme en sulfure de Baryum aux propriétés luminescentes ; il lui attribue, par ailleurs, des vertus dépilatoires. Le chimiste semble malheureusement avoir distillé autant de mépris que de haine et de jalousie : il passe pour avoir été assassiné à Bologne par un ami "perfide", envieux de son succès, Sancassani. Ce beau portrait, de composition et de coloris sobres, intrigue tant par son sujet - un médecin aux pratiques controversées - que par l'univers qu'il représente : une "zone grise" à la frontière entre science et ésotérisme, entre chimie et alchimie. La vie de ce personnage fascinant, tombé dans l'oubli, reste à écrire. De même, le tableau qui le représente soulève de nombreuses questions ; quelle espèce de plante tient-il ? Que veut-il affirmer en la présentant ainsi au spectateur ? Quelle importance a t-elle eu dans sa carrière ? La facture du tableau, agréable, la justesse des carnations et l'intensité de la physionomie évoquent la manière d'un peintre d'un certain talent, probablement de l'école française du XVIIe siècle. Étiquette du garde-meuble public Ed. Nortier (99 rue Borghèse à Neuilly-sur-Seine) au revers du châssis. Quelques légers accidents en partie basse. Verni assombri. Ferguson, Bibliotheca Chemica II, p. 219. Partington II, pp. 335 et suiv. Hirsch IV, p. 664. Encyclopédie méthodique, tome III, p. 73. Eloy, Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne, 615.
Librairie Alain Brieux - 48, rue Jacob - 75006 Paris - Tél.: 01 42 60 21 98 - Graphisme: Maud - Réalisation: STUDIO DE LÀ ®