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Instruments | MÉDECINE / Pharmacie PHARMACIE PORTATIVE DE LA MAISON RASPAIL
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(Réf. 74686)
4 500 TTC
PHARMACIE PORTATIVE DE LA MAISON RASPAIL
"Maison Raspail, F[rançois]-.V[incent].R[aspail]., 14, rue du Temple, Paris", vers 1860, 46 x 19 x 18 cm, coffret rectangulaire en bois, avec poignée et serrure en laiton, offrant deux grandes sections de rangement, garnies de compartiments, et séparées par un cloisonnement amovible et rembourré, couvert de peau suédée rouge.
Importante pharmacie portative provenant de la fameuse Maison Raspail créée par François Vincent Raspail (1794-1878). Homme politique français, chimiste et botaniste ou encore "médecin ami des pauvres", c'est ce dernier aspect de sa personnalité, complexe et controversée, qui est illustré par ce précieux matériel pharmaceutique. Raspail comparait les hospices de son temps à des charniers et déplorait le charlatanisme validé par la Faculté de Médecine. Il devint l'un des premiers propagateurs de l'hygiène et de l'antisepsie dans les classes populaires. À la suite d'une dénonciation par des médecins de Paris (parmi lesquels Orfila), il fut poursuivi en 1846 pour exercice illégal de la médecine (consultations illégales pratiquées avec le docteur Cottereau) ; en 1849, il est condamné pour la manifestation de son soutien à la Pologne et purge une peine de six ans en France, peine commuée en exil par Napoléon III, Raspail restera neuf ans, de 1853 à 1862, en exil en Belgique. Cette pharmacie commercialisée pendant cette période d'exil, recèle un échantillon rare des principaux produits vendus par la Maison Raspail, dont un certain nombre ont été défendus contre les tribunaux pour contrefaçons. Ces produits ou élixirs pharmaceutiques illustrent le "Système Raspail" défendu par son auteur, quelques fois sous la forme de véritable propagande selon certains* : "Je ne suis pas docteur, mais j'ai inventé un système de médecine"**. Ce système "médical" présenté comme une pratique militante reposait essentiellement sur l'automédication, il se voulait simple, accessible et applicable par chacun, et visait une "autonomie médicale". Il était basé sur "l'exclusion de tous les éléments non assimilables au corps humain, du mercure, par exemple, et des poisons, qui ne guérissent d'une maladie que pour en faire une autre plus dangereuse" (p. 82, Raspail par Eugène de Méricourt, Paris, 1854). Pour remédier à l'intrusion de parasites dans le corps Raspail préconisait alors l'usage du camphre sous toutes ses formes et pratiquement tous les maux : "Je ne pouvais pas arrêter ma préférence à une substance meilleure que le camphre"**. De fait, la pharmacie que nous présentons renferme essentiellement des produits camphrés (à part un flacon de Laudanum qui n'est pas d'origine). L'adresse indiquée sur les étiquettes des produits est celle de la "Maison Raspail" située au 14, rue du Temple à Paris (actuel BHV qui porte encore sur sa façade des traces de l'ancienne pharmacie). Les produits portent également la signature reproduite (et "obligatoire") de Raspail. La pharmacie fut installée en 1858 par l'un des fils de Raspail : Benjamin-François dit "Émile" (1831-1887), ingénieur chimiste, industriel et grand propagateur, avec son frère Camille, de la méthode Raspail. Elle eut pour premier nom : "Pharmacie complémentaire de la méthode Raspail", "seule pharmacie qui offre toutes les garanties envers mon système" ; en 1861, après une poursuite pour exercice illégal de la pharmacie*, elle prend pour nom "Maison Raspail pour la droguerie". C'est Émile Raspail qui fonda en 1859, pendant l'exil de son père, la société Raspail dont il diffusa et commercialisa les produits et dont il déposa la marque "F.V.R." le 12 octobre 1859, en qualité de droguiste.** La maison Raspail abritait également, au 14, rue du Temple, "l'éditeur des ouvrages de M. Raspail" qui n'est autre que Xavier Raspail, ornithologue et dernier des fils de Raspail, à cette adresse furent publiés les fameux "Manuels annuaires de la santé", publiés tous les ans à partir de 1845, guides pratiques pour prévenir et se guérir soi-même et véritables relais du "Système Raspail". Descriptif du coffret : La première section comprend un casier en bois compartimenté avec neuf flacons en verre (tous remplis encore de leurs substances d'origine), avec étiquettes imprimées portant la signature reproduite de Raspail, les flacons sont fermés par d'élégants bouchons en bois (en ébène de Macassar tourné) : "Semen-Contra" (en poudre, Artemisia cina, du latin « semen contra vermes » ou « graine contre les vers » vermifuge efficace contre le ver solitaire et d'autres vers parasites de l'intestin) ; "Goudron de Norwège" (Goudron de Norvège aussi appelé goudron de Stockholm ou goudron de pin, produit visqueux noir, utilisé entre autres dans la cicatrisation des plaies de taille des arbres.) ; "Cire blanche" (en morceaux, Raspail utilisait la cire vierge en addition avec de la graisse de mouton et du camphre en poudre dans la fabrication de ses "bougies camphrées contre les hémorroïdes et les maladies utérines"*, Manuel..., 1846, p. 73.) ; "Sulfate de zinc" (utilisé comme astringent, François Raspail le préconise à de nombreux endroits pour divers maux dans son manuel notamment en solution de gargarisme pour se débarrasser de vieux chicots, entre autres...) ; "Écorce de grenade" ("cette substance a la propriété de combattre le ver solitaire", Manuel..., 1863, pp. 124-125.) ; "Camphre en grumeaux" (utilisé pour préparer son fameux alcool camphré) ; "Aloès en grumeaux" (pour son action vermifuge, Manuel..., 1863, pp. 70-71) ; "Fougère mâle" (en poudre, employé pour combattre les vers intestinaux, Manuel..., 1863, pp. 119) ; "Camphre à cigarettes" (voir cigarettes de camphre). Le sparadrap camphré : Dans un second compartiment se trouve, le "sparadrap camphré" (taffetas ciré, employé en cataplasmes, Manuel..., 1863, pp. 104-105) conservé dans sa boîte d'origine en carton avec la mention imprimée sur l'étiquette "Droguerie et hygiène complémentaires de la méthode Raspail". Un troisième compartiment est réservé à des instruments (qui ne sont pas tous d'origine) : une seringue en étain, une lancette, une paire de ciseaux, un canif à manche d'ivoire, un bistouri à manche de corne et une petite cuillère miniature qui porte la mention gravée "R. du Temple, "F.V.R", Paris". Sous ce plateau sont logés dans un même compartiment une seringue signée Lueur, un petit pilon en bois dans son étui en métal, un thermomètre dans son étui en métal, une seringue signée Gentile avec son étui en métal et une seringue en verre. Les cigarettes de camphre : Un plateau en bois comprend : une boîte en carton, avec étiquette et cachet de cire signés, contenant neuf cigarettes de camphre (sous forme de tuyaux de plume avec filtres en papier), sorte de "vaporettes" d'avant-garde et invention de Raspail qui préconisait l'usage de la vapeur camphrée comme un antiseptique pour lutter contre "les empoisonnements miasmatiques" et soigner divers maladies respiratoires, voire des maux d'estomac et des affections de la bouche : "Cigarettes de camphre et camphatières hygiéniques contre une foule de maux lents à guérir ou même incurables et chroniques, qui ne réclament pas immédiatement ou ne réclament plus la présence du médecin, ou bien enfin qu'on est condamné à soulager en son absence" (titre d'une brochure de Raspail, Paris, M. Collas, 1839.) Une cigarette pouvait être utilisée pendant une semaine entière avec une recharge journalière de camphre, Raspail explique dans son manuel comment fabriquer soi-même ses propres cigarettes et comment les fumer (Manuel..., 1863, pp. 85-91). Les autres compartiments comportent un porte-aiguilles métallique pour seringue et une pipette en verre ainsi que deux flacons bouchés à l'émeri, qui ne proviennent pas de la Maison Raspail : l'un sans étiquette, l'autre contenant du Laudanum à usage externe avec une étiquette de la Pharmacie économique des colonies de M. E. Gençay à Vincennes (Raspail était contre l'usage du Laudanum). Les plaques galvaniques : Sous ce plateau on trouve une boîte cartonnée oblongue contenant "les plaques galvaniques pour le système Raspail" : trois plaques de cuivre et de zinc signées avec des plaques de zinc de rechange et une notice pliée "appareils galvaniques, modèles déposés" (Manuel..., 1863, pp. 139-142). Autre invention de Raspail destinée "à soutirer le Mercure, l'arsenic et autres métaux aux organes". La seconde section du coffret de cette pharmacie contient sept grands flacons avec leurs étiquettes signées dont cinq bouchés à l'émeri, pour la plupart ce sont des liquides camphrés : "Amoniaque camphrée" / "Alcool camphré" / "Eau sédative" (flacon plein cacheté à la cire signée) / "Liqueur hygiénique, non sucrée" / "Vinaigre camphré" (flacon plein cacheté à la cire signée) / "Huile camphrée" / "Pommade camphrée". Cette section comporte également quatre petits flacons fermés par des bouchons de bois, revêtus de la fameuse signature : "Assa Foetida" / "Rhubarbe" (flacon brisé) / "Garance" (poudre) / "Iodure de potassium" (flacon vide). Ensemble en assez bon état de conservation (mis à part un flacon brisé), le coffret porte néanmoins diverses traces qui témoignent de son utilisation comme une marque de brûlure importante située sur la cloison amovible qui sépare les deux grandes sections (brûlure sans doute causée par la combustion de l'un des produits, quelques bouchons en bois sont légèrement noircis), une auréole est également présente sur le couvercle supérieur du coffret. Indispensable ensemble illustrant le "Système Raspail". *Philippe Albou, "Raspail, propagandiste de lui-même...", Histoire des sciences médicales, Tome XLVIV, n°2, 2015, pp. 157-166. **Jean-François Hutin, "Raspail, Don Quichotte du camphre !", Histoire des sciences médicales, Tome XLVIV, n°2, 2015, pp. 167-178. ***Lefebvre Thierry, Raynal Cécile, "L'usine Raspail à Arcueil, Revue d'Histoire de la Médecine, 94e, n°349, 2006, pp. 140-143. ****Julien Pierre, Le centenaire de la mort de Raspail célébré à Carpentras, Revue d'Histoire de la pharmacie, 66e année, n°239, 1978, pp. 241-244.
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